Les temps forts de la semaine 38
Des risques de sécurité liés aux appareils quotidiens intelligents à l'illusion coûteuse des prix fixes lors de l'achat d'avions de combat avec un parallèle historique, en passant par l'évolution des flux de pendulaires, cette édition met en lumière les sujets marquants de la semaine.
La faille numérique dans le salon
Focus
Le robot aspirateur intelligent ne se contente pas de nettoyer les sols: il collecte également des données spatiales et constitue une porte d'entrée potentielle dans le réseau Wi-Fi privé. Dans ce contexte, l'Institut national de test pour la cybersécurité (NTC) à Zoug comble une faille importante en Suisse: en tant qu'institution indépendante co-développée par les pouvoirs publics, elle teste la sécurité des matériels et logiciels connectés, indépendamment des intérêts des fabricants.
Les résultats des experts et expertes de Zoug soulignent la nécessité d'agir en matière de matériel intelligent. Alors que les mises à jour logicielles sont bien établies pour les ordinateurs et les smartphones, les capteurs et les connexions de données des appareils ménagers restent souvent sans protection. Le travail du NTC souligne la nécessité de normes de sécurité contraignantes afin d'ancrer efficacement la sphère privée et la résilience numérique dans la vie quotidienne.
Quel appareil connecté dans votre logement représente aujourd'hui le plus grand risque pour votre sécurité?
L'affaire Mirage
Rétrospective
Lorsque le Conseil fédéral a décidé en 1961 d'acheter 100 avions de combat français Mirage III, il promettait au Parlement un coût total de 870 millions de francs. À l'insu du Conseil fédéral, une administration trop zélée a accéléré l'acquisition et a transformé le jet, bien au-delà de ses compétences, en un chasseur-bombardier à capacité nucléaire. Le financement a totalement échappé à tout contrôle.
En 1964, le gouvernement fédéral a réclamé un crédit additionnel sans précédent de près de 580 millions de francs, faisant exploser les coûts totaux à plus de 1,4 milliard - ce qui, compte tenu de l'inflation, équivaut aujourd'hui à environ 5,5 milliards de francs.
La tromperie avérée a déclenché le plus grand fiasco d'armement de l'histoire suisse. Sous la direction du futur conseiller fédéral Kurt Furgler, le Parlement a mis sur pied la première commission d'enquête parlementaire (CEP), dont le jugement cinglant a provoqué la démission du ministre de la Défense Paul Chaudet, le renvoi du commandant des forces aériennes et le départ du chef de l'État-major général. Les Chambres fédérales ont tiré le frein d'urgence, réduisant le crédit additionnel et ramenant la flotte à 57 avions.
Avec la création de la CEP et des commissions de gestion, la Confédération a réinventé sa haute surveillance. Depuis lors, ce traumatisme d'acquisition fait de chaque renouvellement des forces aériennes un exercice d'équilibrisme militaire et politique.
52 %
Chiffres
La pandémie a agi comme un catalyseur durable sur le marché du travail suisse. Alors qu'avant la crise, en 2019, seuls 25 % de la population active travaillaient occasionnellement depuis leur domicile, 52 % des personnes occupées utilisent aujourd'hui régulièrement la possibilité du télétravail. Dans les secteurs à forte intensité de connaissances, le changement est encore plus marqué: dans le secteur informatique, 88 % des personnes employées travaillent au moins partiellement à distance, et 76 % dans le secteur financier.
Pour les travailleurs et travailleuses, cette évolution porte ses fruits: avec deux jours de télétravail par semaine, une personne effectuait un trajet économise en moyenne 140 minutes de temps de transport et environ 1'200 francs de frais annuels, ce qui augmente nettement la qualité de vie pour 78 % des personnes interrogées.
Cette nouvelle flexibilité confronte toutefois la Suisse à des problèmes d'infrastructures. Alors que le trafic diminue de 15 % les lundis et vendredis, le trafic des pendulaires se concentre fortement les jours de présence, à savoir les mardis et jeudis. Sur des axes principaux comme Zurich-Berne, cela entraîne des taux d'occupation de plus de 110 % et oblige les entreprises de transport à constituer de coûteuses réserves de capacité.
Le mot de l'année
Contexte
« Prix fixe » - dans la politique suisse, ce terme devient le synonyme d'une promesse non tenue, du moins pour le contrat d'armement du siècle. Lorsque la Confédération a signé en 2022 le contrat de près de six milliards de francs pour 36 avions de combat F-35A, la transaction - tout comme la votation populaire remportée de justesse en 2020 avec 50,1 % de oui - s'appuyait sur l'assurance de l'ancienne conseillère fédérale Viola Amherd quant à un prix fixe immuable.
Un rapport de la Commission de gestion du Conseil national (CdG-N) a toutefois révélé que celui-ci n'a jamais existé sur le plan contractuel. Alors que l'inflation américaine, les fluctuations monétaires et les problèmes de logiciels renchérissent le dossier, une réalité décevante se dessine, restant pour l'instant sans conséquences politiques ou juridiques.
L'héritage de l'ancienne cheffe du DDPS pèse ainsi lourdement sur les finances publiques. Bien que le nouveau ministre de la Défense, Martin Pfister, ait appelé cette semaine à l'objectivité et souligné l'urgence de la défense aérienne, la pression politique s'accentue.
Aucune responsabilité n'est engagée et une CEP ne trouve pas de majorité, si bien que le conflit éclate directement sur le plan financier : le PS annonce d'ores et déjà une opposition au crédit additionnel d'environ 400 millions de francs. De toute façon, le prix d'achat ne représente que la pointe de l'iceberg ; les coûts d'exploitation à long terme, les réaménagements de pistes et la protection contre le bruit à Payerne, Meiringen et Emmen grèveront le budget pendant des décennies. Le prix fixe promis revient ainsi comme un boomerang financier au Palais fédéral.